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Rawenne Laadouz : « La Gravure, c’est à Chaque Fois une Surprise » — Rencontre avec une Artiste Tunisienne qui Réinvente l’Eau-Forte

Rawenne Laadouz : "La Gravure, c'est à Chaque Fois une Surprise" — Rencontre avec une Artiste Tunisienne qui Réinvente l'Eau-Forte

Introduction : Quand l’Encre Révèle l’Invisible

Il y a des artistes dont on comprend l’œuvre dès le premier regard, et d’autres dont le travail demande qu’on s’y attarde, qu’on laisse les yeux s’habituer à la lumière particulière qu’ils ont créée. Rawenne Laadouz appartient à cette seconde catégorie. Dans ses gravures à l’eau-forte, le réel se dissout progressivement vers l’irréel. Le noir absolu dialogue avec le blanc immaculé. La Lune — astre récurrent dans son œuvre — projette ses ombres sur des espaces inventés, intérieurs, mystérieux. Rencontrée à Hammamet où elle anime ateliers et expositions, l’artiste tunisienne livre ses réflexions sur une pratique artistique aussi exigeante que fascinante.

Portrait de l’Artiste : Rawenne Laadouz, Graveuse de l’Invisible

Rawenne Laadouz est une artiste tunisienne dont la sensibilité et l’imagination débordante se déploient principalement à travers la gravure — et plus particulièrement l’eau-forte, technique ancestrale qui consiste à mordre le métal à l’acide pour y tracer des sillons que l’encre viendra révéler sur le papier. Son œuvre, imprégnée d’une profonde introspection, explore les nuances subtiles des émotions humaines à travers des compositions audacieuses qui brouillent les frontières entre réel et surréel, entre lumière et obscurité.

Basée à Hammamet, au cœur d’une Tunisie dont la tradition artistique est aussi riche qu’elle est méconnue à l’international, Rawenne Laadouz s’est construit un univers singulier. Elle expose régulièrement dans les centres culturels de la région — notamment au Centre Culturel Fausse Note à Hammamet et à In’art Hammamet où son exposition dans le cadre de Design°Art a été couverte par le Journal Le Temps. Elle transmet également sa passion aux générations futures en animant des ateliers de peinture pour enfants, formant des petits artistes dont les œuvres colorées ont été présentées au public.

Son Univers Artistique : La Lune comme Territoire

Si un motif devait résumer l’œuvre de Rawenne Laadouz, ce serait sans doute la Lune. L’astre nocturne traverse son travail comme un fil conducteur poétique : tantôt présence physique dans la composition, tantôt influence invisible qui baigne l’ensemble d’une lumière froide et mystérieuse. Son exposition autour de l’influence de la Lune dans le domaine artistique — saluée par la presse tunisienne — est une invitation à explorer la relation millénaire entre l’humanité et cet astre que les civilisations ont toujours convoqué pour parler de l’invisible, du cyclique, du féminin et du sacré.

L’eau-forte, technique qu’elle maîtrise avec une précision remarquable, lui permet d’atteindre des effets de profondeur et de clair-obscur que peu d’autres médiums autorisent. Du blanc le plus pur au noir le plus total, en passant par une infinité de gris veloutés, ses gravures créent des espaces atmosphériques où le regard se perd volontiers. La presse l’a noté : ses gravures sont d’un remarquable velouté, et chaque titre est un poétique mystère qui ne demande qu’à être éclairci.

Comment vous est venue la passion pour la gravure ?

Rawenne Laadouz : La gravure, c’est d’abord une rencontre avec des matières et des odeurs. L’odeur de l’encre, la texture du métal, le toucher du papier — c’est presque sensoriel avant d’être intellectuel. Quand j’ai découvert l’eau-forte, j’ai immédiatement senti que c’était mon médium. Il y a quelque chose de fondamentalement honnête dans cette technique : vous travaillez la plaque, vous faites vos choix, vous acceptez l’acide — et ensuite, il y a toujours une part de hasard dans ce que révèle l’impression. Cette part d’imprévu, c’est ce qui fait le sel de la gravure. Vous ne pouvez jamais tout contrôler, et c’est tant mieux.

Qu’est-ce que l’eau-forte vous permet d’exprimer que d’autres techniques n’autorisent pas ?

Rawenne Laadouz : La profondeur, avant tout. Le clair-obscur que permet l’eau-forte — aller du blanc total au noir absolu avec toutes les nuances intermédiaires — crée une vibration dans la composition que je n’ai trouvée nulle part ailleurs. Peindre, c’est ajouter. Graver, c’est retirer, creuser, aller chercher quelque chose qui est déjà là dans la plaque. Ce processus dit quelque chose de ma façon d’aborder la création : je pars du réel, de ce qui est visible, pour aller vers l’irréel, le surréel, vers ma vie intérieure. La gravure me permet littéralement de creuser jusqu’à l’intérieur des choses.

La Lune est un motif récurrent dans votre travail. Pourquoi cet astre en particulier ?

Rawenne Laadouz : La Lune, c’est l’astre qui appartient à la nuit — et la gravure est fondamentalement une pratique de la nuit, de l’ombre, du mystère. La Lune éclaire sans révéler totalement. Elle transforme le réel en quelque chose d’autre, d’étrange, de légèrement irréel. Ses cycles parlent de transformation, de retour, de profondeur temporelle. Quand j’explore son influence dans mon travail, je ne cherche pas à représenter la Lune — je cherche à créer l’état intérieur que la Lune provoque. Ce sentiment que quelque chose de grand et de silencieux nous dépasse.

Vous animez aussi des ateliers pour enfants. Comment cela enrichit-il votre propre pratique ?

Rawenne Laadouz : Énormément. Les enfants regardent sans filtre, sans les conditionnements esthétiques que nous acquérons avec l’âge et l’éducation artistique. Quand je vois un enfant choisir ses couleurs, composer son espace, il me rappelle quelque chose d’essentiel sur la liberté de la création. Mon atelier au Centre Culturel Fausse Note à Hammamet est un espace de jeu autant que d’apprentissage — pour eux et pour moi. Voir leurs œuvres exposées, voir la fierté dans leurs yeux, c’est l’un des moments les plus gratifiants de mon travail.

La gravure reste une technique peu connue du grand public. Comment faites-vous pour lui donner une visibilité ?

Rawenne Laadouz : C’est l’un de mes combats. La gravure n’est pas très connue — ni en Tunisie ni ailleurs. Quand j’expose, je ne présente pas seulement des œuvres : j’explique la technique, je montre les étapes, je fais toucher les plaques aux visiteurs quand c’est possible. Venir voir mon exposition, c’est faire entrer cette technique dans le regard des gens qui ne la connaissent pas. Et souvent, une fois qu’on comprend le processus — le travail de la plaque, la morsure de l’acide, le mystère de l’impression — on regarde les gravures avec des yeux complètement différents. La technique devient une clé de lecture.

Analyse et Enseignements : Une Artiste à la Croisée de la Tradition et de la Modernité

Le parcours de Rawenne Laadouz illustre un phénomène remarquable : la résistance et la renaissance des techniques artistiques traditionnelles dans un monde saturé par l’image numérique. À une époque où la création digitale est accessible à tous et où l’image se génère en quelques secondes par IA, l’eau-forte — avec ses semaines de travail, ses accidents heureux, son exigence de savoir-faire — est presque un acte de résistance. Et cet acte trouve un écho croissant auprès d’un public qui cherche l’authenticité, la matière, la trace de la main humaine dans l’œuvre.

Sa démarche pédagogique, qui associe création personnelle et transmission aux enfants, positionne Rawenne Laadouz non seulement comme artiste mais comme vecteur culturel. Dans une Tunisie qui cherche à valoriser et à exporter son patrimoine créatif, des artistes comme elle jouent un rôle essentiel : ancrer une pratique dans un territoire, lui donner des visages, la rendre vivante et désirable pour les générations futures.

Rawenne Laadouz grave l’invisible avec la précision de celle qui sait que les choses les plus importantes ne se voient pas du premier coup. Dans ses eaux-fortes, la Lune éclaire des espaces intérieurs que chaque regardeur habite à sa façon. C’est la définition même de l’art universel : une œuvre singulière qui parle à tous. À suivre, à voir, à découvrir — et si l’occasion se présente, à voir naître dans l’atelier où la plaque de métal attend que l’acide et le hasard fassent leur travail.

FAQ

Qui est Rawenne Laadouz ?

Rawenne Laadouz est une artiste tunisienne spécialisée dans la gravure et l’eau-forte, basée à Hammamet. Elle expose dans les centres culturels de Tunisie et anime des ateliers artistiques pour enfants au Centre Culturel Fausse Note.

Qu’est-ce que l’eau-forte en art ?

L’eau-forte est une technique de gravure sur métal : une plaque de métal est recouverte d’un vernis, puis l’artiste y trace son dessin avec une pointe. La plaque est ensuite plongée dans l’acide qui mord le métal aux endroits mis à nu. Après retrait du vernis, la plaque est encrée et imprimée sur papier.

Où voir les œuvres de Rawenne Laadouz ?

Rawenne Laadouz expose régulièrement en Tunisie, notamment à Hammamet (In’art Hammamet, Centre Culturel Fausse Note) et dans d’autres centres culturels tunisiens. Ses expositions sont régulièrement couvertes par le Journal Le Temps et Univers News.

Sources

Journal Le Temps — article exposition Design°Art In’art Hammamet | Journal Univers News — interview Rawenne Laadouz sur la gravure | Centre Culturel Fausse Note Hammamet — atelier peinture enfants | Journal Le Temps — exposition autour de la Lune et de l’eau-forte