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Lunettes connectées 2026 : Samsung défie Meta avec ses Intelligent Eyewear, la bataille des wearables IA s’intensifie

Lunettes connectées 2026 Samsung défie Meta avec ses Intelligent Eyewear, la bataille des wearables IA s'intensifie

Le 22 juillet 2026, au Galaxy Unpacked de Londres, Samsung a mis fin à des années d’attente en officialisant ses lunettes connectées « Intelligent Eyewear », conçues avec Warby Parker et Gentle Monster et propulsées par l’assistant Gemini de Google. Ce lancement, orchestré aux côtés des nouveaux pliables Galaxy Z Fold 8 et Z Flip 8, ne relève pas du simple gadget technologique : il marque l’entrée frontale du numéro un mondial du smartphone dans un marché jusqu’ici dominé par les Ray-Ban Meta. En quelques jours, le secteur des lunettes connectées a basculé d’une compétition à un seul acteur dominant vers une bataille à plusieurs fronts, avec HTC et son modèle Vive Eagle AI à 499 dollars, Google en soutien logiciel, et Apple encore attendue au tournant. Cette accélération commerciale coïncide avec un geste réglementaire notable de la Commission européenne, qui a assoupli ses règles sur les batteries pour ne pas freiner l’arrivée de ces objets sur le marché européen, tout en préparant un encadrement de cybersécurité strict via le Cyber Resilience Act. Entre promesses technologiques, arbitrages politiques et inquiétudes persistantes sur la vie privée, cet été 2026 pourrait bien marquer le véritable décollage des lunettes connectées grand public.

Samsung frappe fort au Galaxy Unpacked de Londres avec ses « Intelligent Eyewear »

Après des années de rumeurs, de fuites et de reports successifs, Samsung a enfin abattu ses cartes. Le 22 juillet 2026, lors de son Galaxy Unpacked organisé à Londres, le constructeur coréen a officialisé sa gamme de lunettes connectées baptisée « Intelligent Eyewear », en même temps que ses nouveaux smartphones pliables Galaxy Z Fold 8 et Z Flip 8. Un choix de calendrier qui n’a rien d’anodin : Samsung a délibérément associé ses lunettes à son événement phare plutôt que de leur consacrer un lancement isolé, signe que la marque considère désormais ce format comme un pilier de son écosystème Galaxy, au même titre que les smartphones, montres et casques XR.

Ce lancement intervient alors que Meta écoule ses Ray-Ban Meta par millions d’unités depuis plusieurs années et que Google avait dévoilé ses propres concepts de lunettes Android XR lors de sa conférence I/O. Samsung arrivait donc en retard sur ce segment, un retard que la marque a visiblement voulu combler avec un produit particulièrement abouti plutôt qu’un simple gadget de développeur.

Un partenariat inédit avec Warby Parker et Gentle Monster

Plutôt que de produire une monture générique, Samsung s’est associé à deux références de la lunetterie mondiale : le sud-coréen Gentle Monster, réputé pour son esthétique avant-gardiste, et l’américain Warby Parker, positionné sur un usage quotidien plus accessible. Le modèle Gentle Monster mise sur une monture noire au profil fin, avec une ligne supérieure droite et des angles inférieurs arrondis, tandis que Warby Parker propose une monture brun profond légèrement relevée, pensée pour passer inaperçue en toutes circonstances. D’après les premières prises en main réalisées par la presse spécialisée, les montures se déclinent également en versions carrées, rondes ou œil de chat, avec des coloris allant de l’ambre au vert, et des verres proposés en clair ou photochromique.

Ce choix stratégique n’est pas anodin : en misant sur le style avant la technologie pure, Samsung cherche à répondre à un problème identifié depuis les débuts des lunettes connectées, à savoir l’acceptabilité sociale du produit. Un accessoire jugé trop « geek » ou trop visible techniquement peine à convaincre le grand public, quel que soit son niveau d’intelligence artificielle embarquée.

Snapdragon AR1 Gen1 et Gemini au cœur du dispositif

Sous les branches se cache un processeur Snapdragon AR1 Gen1 de Qualcomm, dédié à la gestion de l’assistance en temps réel, des commandes tactiles, de la connectivité et de la thermie. Samsung annonce jusqu’à neuf heures d’autonomie, complétées par un boîtier de charge capable de recharger intégralement les lunettes sept fois de suite avant de devoir lui-même être rebranché, soit plusieurs jours d’usage théorique sans passer par une prise.

Côté logiciel, les lunettes tournent sous Android XR et embarquent Gemini, l’assistant IA de Google, intégré directement à la monture. Une caméra placée à l’avant permet à l’IA de comprendre visuellement l’environnement de l’utilisateur et de réagir au contexte plutôt qu’à une simple commande vocale isolée. Concrètement, les lunettes peuvent résumer un long message, lire une notification à voix haute, traduire une conversation ou un panneau en temps réel, capturer ce que voit l’utilisateur — un slide projeté en réunion, par exemple — pour le ranger automatiquement dans Samsung Notes, ou encore partager sa propre perspective visuelle en direct pendant un appel. Certaines commandes gestuelles nécessitent toutefois une Galaxy Watch 9 au poignet pour fonctionner, et l’assistant Bixby de Samsung cohabite avec Gemini pour gérer les fonctions les plus basiques de l’appareil, comme le réglage du volume. Ni le prix ni la date de commercialisation précise n’ont été communiqués : Samsung évoque simplement une disponibilité « à l’automne » 2026.

Une bataille à trois pour le marché des lunettes IA

L’arrivée de Samsung transforme un marché jusque-là largement dominé par un seul acteur en une compétition à plusieurs fronts, chacun avec sa propre stratégie produit et son propre positionnement tarifaire.

Meta Ray-Ban toujours dominant, appuyé par EssilorLuxottica

Meta reste, pour l’instant, la référence du secteur. Le partenariat avec EssilorLuxottica, qui associe la puissance industrielle du numéro un mondial de l’optique à la plateforme logicielle de Meta, a permis d’écouler les Ray-Ban Meta par millions d’exemplaires depuis leur lancement. Contrairement à Samsung, dont les Intelligent Eyewear se distinguent par des branches et un pont nasal non ajustables en raison des composants intégrés, les lunettes Meta conservent des branches et un pont nasal réglables, un avantage pratique non négligeable pour l’ajustement quotidien. Le positionnement de Meta reste avant tout tourné vers la photo et la vidéo, avec un usage spontané et grand public, quand Samsung mise davantage sur l’assistance cognitive et la productivité, quitte à sacrifier une partie de cette spontanéité.

Des informations circulant courant juillet suggèrent par ailleurs que Meta travaillerait sur une fonction de reconnaissance faciale intégrée à ses futures lunettes, du code en ce sens ayant été repéré dans l’application Meta AI. Une piste qui, si elle se confirme, relancerait immédiatement le débat sur la vie privée déjà vif autour de ce type d’appareil.

HTC Vive Eagle AI, l’outsider à 499 dollars

Moins médiatisé que les deux géants, le taïwanais HTC a également lancé ses lunettes connectées Vive Eagle AI aux États-Unis, au prix de 499 dollars, avec des précommandes ouvertes sur Amazon et une livraison annoncée dès le 1er septembre 2026. Une disponibilité européenne est prévue pour le troisième trimestre de l’année. Ce positionnement tarifaire, inférieur à ce que devraient proposer Samsung et Meta sur leurs modèles les plus avancés, illustre une stratégie de volume assumée par HTC, qui cherche à exister sur un marché où les deux mastodontes concentrent l’essentiel de l’attention médiatique et financière.

Cette multiplication des acteurs — à laquelle s’ajoutent des acteurs plus confidentiels comme Xreal, avec ses lunettes XR d’entrée de gamme xbx a01 — confirme que le secteur est entré dans une phase de maturation accélérée. Le CES de janvier 2026 avait déjà annoncé cette tendance : les lunettes connectées ne sont plus un objet de niche réservé aux développeurs, mais un format que l’industrie tout entière considère désormais comme le successeur naturel, ou complémentaire, du smartphone.

L’Europe assouplit sa réglementation pour accélérer l’adoption des wearables IA

Le lancement quasi simultané de plusieurs gammes de lunettes connectées coïncide avec un mouvement réglementaire notable à Bruxelles, qui pourrait avoir une influence directe sur la vitesse de déploiement de ces produits en Europe.

L’exemption batterie amovible, un geste calculé de Bruxelles

La Commission européenne a choisi d’exempter les technologies portables, dont les lunettes connectées, de l’obligation d’utiliser des batteries amovibles normalement imposée par le règlement européen sur les batteries. Cette règle, pensée à l’origine pour faciliter la réparabilité et réduire le gaspillage électronique sur les smartphones et autres appareils grand public, se heurtait en pratique à un obstacle technique difficilement contournable sur des lunettes : la miniaturisation extrême des composants rend une batterie amovible quasiment incompatible avec un format aussi fin que celui d’une monture optique classique. En levant cet obstacle, la Commission facilite directement la commercialisation en Europe de produits comme les lunettes de Meta, mais aussi, dans la foulée, celles de Samsung et de HTC.

Ce geste réglementaire, qui tranche avec l’image d’une Europe plutôt stricte sur l’encadrement technologique, illustre un arbitrage assumé entre protection de l’environnement et volonté de ne pas freiner l’implantation d’une nouvelle catégorie de produits jugée stratégique face à la concurrence américaine et asiatique.

Le Cyber Resilience Act, un cadre de sécurité qui s’annonce strict dès 2027

Cet assouplissement ponctuel ne signifie toutefois pas un désengagement réglementaire généralisé. Le Cyber Resilience Act (CRA), déjà entré en vigueur pour ses premières obligations, prévoit qu’à partir de décembre 2027, tout fabricant d’objets connectés commercialisés dans l’Union européenne devra fournir des correctifs de sécurité pendant toute la durée de vie attendue du produit et notifier à l’ENISA toute vulnérabilité activement exploitée. Les lunettes connectées, en tant qu’objets équipés de caméras, de microphones et de connexions permanentes à des services cloud, entreront pleinement dans le périmètre de ce texte.

Le contexte sécuritaire justifie cette vigilance accrue : selon plusieurs études publiées au premier semestre 2026, 28 % des incidents de cybersécurité recensés impliquent désormais des appareils de l’Internet des objets, contre 15 % en 2024, et les cyberattaques ciblant l’écosystème connecté ont augmenté de 45 % par rapport à l’année précédente. Dans ce climat, l’ANSSI a lancé en France un label « Cybersecurity Made in Europe » destiné à rassurer les consommateurs sur le niveau de sécurité des produits et services numériques commercialisés sur le territoire, un signal supplémentaire de la vigilance croissante des autorités face à la multiplication des objets connectés portés directement sur le corps.

Vie privée et acceptabilité sociale : le vrai frein à l’adoption

Au-delà des prouesses techniques et des arbitrages réglementaires, c’est peut-être sur le terrain de la confiance que se jouera l’avenir des lunettes connectées.

Les inquiétudes des utilisateurs et la réponse de Samsung

Interrogé lors de la présentation londonienne, James Choi, vice-président exécutif et responsable de la R&D XR chez Samsung, a longuement abordé les préoccupations croissantes autour de la vie privée, un sujet qui touche l’ensemble du marché des lunettes connectées et pas seulement le produit coréen. Selon lui, l’acceptation de ce type d’objet varie fortement selon les contextes culturels : en Corée du Sud par exemple, la forte densité dans les transports en commun accentue les inquiétudes liées à la présence de caméras discrètes portées par des inconnus. « L’acceptation par le public prend du temps », a-t-il résumé, avant d’ajouter que Samsung continuait de travailler activement sur ce sujet, notamment via des évolutions de forme et de design susceptibles de rendre les caméras plus identifiables.

Sur le plan technique, Samsung a fait un choix notable en intégrant une LED dédiée, distincte de la caméra elle-même, destinée à signaler visuellement toute prise de photo ou de vidéo — une réponse directe aux critiques formulées depuis plusieurs années à l’encontre des lunettes connectées, accusées de permettre une captation d’images à l’insu des personnes filmées. Un large interrupteur physique, visible sur la branche gauche, a également été ajouté, un choix rarement vu sur ce type de produit et qui tranche avec l’approche plus discrète de certains concurrents. Pour Samsung, la position est claire : « Il est impossible de rester à ce stade sans innover. Les usages malveillants doivent être anticipés et encadrés. Si l’innovation s’arrête pour cette raison, aucun progrès n’est possible », a insisté James Choi.

Vers des lunettes à affichage : le prochain défi technique

Si la génération actuelle de lunettes connectées reste dépourvue d’écran intégré, misant uniquement sur l’audio et la caméra, Samsung ne cache pas travailler sur une version dotée d’un affichage, avec une technologie présentée comme supérieure à l’existant. Les défis restent toutefois considérables : intégrer un système d’affichage dans un format aussi discret qu’une monture Warby Parker classique implique des contraintes d’autonomie particulièrement lourdes, l’affichage étant l’un des composants les plus gourmands en énergie d’un appareil électronique portable. « Si des lunettes avec affichage sont lancées, un certain niveau d’usage quotidien devra être garanti. C’est très difficile. Le travail continue », a précisé le responsable R&D de Samsung, sans donner de calendrier précis pour cette prochaine étape.

Cette prudence affichée contraste avec l’agressivité commerciale du lancement des Intelligent Eyewear elles-mêmes, et confirme que le secteur avance encore par étapes : d’abord l’assistance vocale et contextuelle sans affichage, pour habituer le grand public au format et rassurer sur les usages, avant d’envisager, dans un second temps, l’ajout d’une couche visuelle qui rapprocherait véritablement ces lunettes d’un substitut crédible au smartphone.

L’été 2026 marque un tournant pour les lunettes connectées : ce qui restait un marché de niche dominé par un seul acteur devient une compétition ouverte entre Samsung, Meta, HTC et, en filigrane, Google et Apple. L’entrée en scène de Samsung, appuyée sur Gemini et deux marques de lunetterie reconnues, crédibilise un format encore jugé confidentiel il y a peu. Les arbitrages réglementaires européens, entre exemption ciblée sur les batteries et durcissement à venir via le Cyber Resilience Act, montrent que Bruxelles cherche un équilibre entre soutien à l’innovation et protection des utilisateurs. Reste la question de fond, celle de la confiance : sans réponse claire sur la vie privée et l’acceptabilité sociale, aucune de ces lunettes, aussi sophistiquées soient-elles, ne remplacera durablement le smartphone dans la poche des consommateurs. Les prochains mois, entre commercialisation effective des modèles Samsung à l’automne et arrivée de HTC en Europe, diront si cette nouvelle bataille technologique tient ses promesses.